Syndrome de Dravet : quand la thérapie génique devient une nouvelle piste contre l’épilepsie génétique
Longtemps limitée au contrôle des crises, la prise en charge du syndrome de Dravet pourrait entrer dans une nouvelle ère. Des thérapies ciblant directement l’anomalie génétique à l’origine de la maladie cherchent désormais non plus seulement à calmer les symptômes, mais à agir sur leur cause. En 2026, plusieurs approches à base d’ARN, de vecteurs viraux et d’édition génétique alimentent un espoir inédit.
Une maladie rare qui commence dès l’enfance
Le syndrome de Dravet est une forme rare et particulièrement sévère d’épilepsie génétique. Il apparaît généralement au cours de la première année de vie, souvent par des crises prolongées, parfois déclenchées par la fièvre. Au fil du temps, les enfants peuvent présenter différents types de crises, ainsi que des troubles du développement cognitif, du langage, du comportement et de la motricité. Le risque de complications graves, notamment de mort subite inattendue en épilepsie (SUDEP), est également augmenté.
Dans la grande majorité des cas, la maladie est liée à une anomalie du gène SCN1A, qui code la sous-unité Nav1.1 d’un canal sodique voltage-dépendant. Ces canaux jouent un rôle essentiel dans la transmission de l’influx électrique au sein des neurones.
Lorsque l’une des deux copies fonctionnelles de SCN1A est altérée, la quantité de protéine Nav1.1 disponible peut devenir insuffisante. Cette perturbation affecte particulièrement certains interneurones inhibiteurs du cerveau, qui participent normalement au contrôle de l’activité électrique neuronale. Le résultat est un déséquilibre entre excitation et inhibition, favorisant l’apparition de crises épileptiques
Restaurer le gène plutôt que simplement contrôler les symptômes
L’idée est relativement simple sur le papier : si la maladie résulte d’une insuffisance de SCN1A, pourquoi ne pas tenter d’augmenter à nouveau son expression ?
Plusieurs stratégies sont actuellement étudiées.
L’une des plus avancées utilise des oligonucléotides antisens, ou ASO. Ces petites molécules d’ARN modifiées sont conçues pour interagir avec les ARN produits à partir de l’ADN et modifier leur traitement. Dans le syndrome de Dravet, l’objectif est notamment de favoriser la production d’un ARN fonctionnel issu de la copie restante de SCN1A.
Le zorevunersen, anciennement appelé STK-001, est l’un des exemples les plus étudiés. Les données cliniques disponibles en 2026 montrent une activité pharmacodynamique et une réduction durable des crises convulsives dans les études précoces et leurs prolongements, avec également des signaux encourageants concernant certains aspects du comportement et des fonctions adaptatives.
Et si l’on pouvait directement modifier l’ADN ?
La recherche va encore plus loin avec l'édition génétique.
En mai 2026, des chercheurs ont rapporté une approche expérimentale permettant de corriger, chez des souris, l’anomalie génétique responsable d’un modèle de syndrome de Dravet. Après l’édition, les animaux présentaient moins de crises et une meilleure survie.
Cette perspective est particulièrement fascinante : contrairement à une molécule antiépileptique qui agit pendant qu’elle est présente dans l’organisme, une modification génétique pourrait théoriquement produire un effet beaucoup plus durable.
Mais cette puissance constitue également l’un des principaux défis. Modifier le génome impose de maîtriser avec une très grande précision où, comment et dans quelles cellules l’édition intervient. Les risques d’effets hors cible, les réactions immunitaires, la distribution du traitement dans le cerveau et la durabilité de l’effet doivent être rigoureusement évalués.
Une autre piste : utiliser des virus comme véhicules thérapeutiques
Une deuxième approche repose sur les vecteurs viraux, notamment les virus adéno-associés (AAV). Ces virus, rendus non pathogènes pour leur utilisation thérapeutique, peuvent servir de véhicules afin d’introduire une information génétique dans certaines cellules.
L’objectif, dans le syndrome de Dravet, est de parvenir à restaurer suffisamment l’activité de SCN1A dans les neurones concernés.
En 2026, des recherches précliniques explorent notamment des vecteurs AAV capables de cibler des mécanismes qui répriment naturellement l’expression de SCN1A. Une étude publiée en juin 2026 a montré chez des souris modèles de Dravet qu’un vecteur AAV9 transportant une stratégie dite AntagoNAT pouvait augmenter la survie et diminuer la fréquence de certaines crises. Les auteurs présentent ces résultats comme une preuve de concept en faveur d’une éventuelle thérapie administrée en une seule fois.
Cette approche reste cependant préclinique : des résultats obtenus chez la souris ne permettent pas encore de conclure à une efficacité chez l’être humain.
Vers une nouvelle génération de traitements
Le syndrome de Dravet pourrait ainsi devenir l’un des exemples emblématiques de la médecine génétique moderne. Grâce aux ASO, aux vecteurs viraux et à l’édition du génome, les chercheurs ne cherchent plus seulement à empêcher le cerveau de déclencher une crise : ils tentent de réparer le mécanisme biologique qui rend ces crises possibles.
Si les résultats des essais en cours se confirment, cette stratégie pourrait ouvrir une nouvelle voie non seulement pour le syndrome de Dravet, mais également pour d’autres épilepsies génétiques rares.
L’objectif ultime n’est donc plus simplement de vivre avec moins de crises. Il est de modifier l’histoire naturelle de la maladie — voire, à terme, d’intervenir suffisamment tôt pour empêcher une partie de ses conséquences.
