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La manikomycine: le nouvel antibiotique

La manikomycine: le nouvel antibiotique

Des chercheurs de l’Université McMaster, au Canada, ont identifié un nouvel antibiotique baptisé manikomycine. Présentée dans une étude publiée le 3 juin dans la revue Nature, cette molécule agit selon un mécanisme inédit et pourrait offrir une nouvelle approche pour lutter contre les bactéries résistantes aux traitements actuels.

La manikomycine est un depsipeptide naturel, le premier agent antibactérien connu à cibler le site E de la grande sous-unité ribosomale (les ribosomes synthétisent les protéines à partir de l'ARNm). Comme elle n'est pas affectée par les mécanismes de résistance présents chez les souches bactériennes cliniques, elle offre une nouvelle structure chimique pour le développement d'antibiotiques. 

Cette particularité lui permet d'échapper aux mécanismes de résistance déjà développés par de nombreuses souches bactériennes, offrant ainsi une nouvelle base chimique pour le développement de futurs antibiotiques.

Selon Gerry Wright, professeur de biochimie et de sciences biomédicales à l'Université McMaster et responsable de l'équipe de recherche, ce composé a déjà démontré une efficacité préliminaire contre plusieurs agents pathogènes prioritaires, notamment Salmonella, Escherichia coli et Klebsiella.

Le chercheur souligne que, contrairement à d'autres antibiotiques qui ciblent des sites déjà largement exploités, la manikomycine agit sur une cible qui n'avait jusqu'à présent fait l'objet d'aucune pression sélective, ce qui explique l'absence de mécanismes de résistance connus.

Une découverte issue de bactéries du sol

La manikomycine agit en se fixant sur le site E du ribosome bactérien, empêchant ainsi une étape essentielle de la synthèse des protéines.

Cette molécule a été découverte grâce à une méthode de fractionnement améliorée permettant d'identifier des composés naturels jusque-là passés inaperçus.

En analysant des extraits de bactéries du sol, les chercheurs ont constaté que Streptomyces rimosus, déjà connue pour être à l'origine de l'oxytétracycline, produisait également cet antibiotique depsipeptidique cyclique.

Première auteure de l'étude, Manpreet Kaur estime que cette approche ouvre de nouvelles perspectives dans la recherche de futurs antibiotiques. Selon elle, le réexamen d'extraits issus de bactéries pourtant déjà bien étudiées pourrait conduire à d'autres découvertes similaires.

Des résultats encourageants, mais encore préliminaires

Les premiers essais réalisés chez la souris ont montré que la manikomycine-A présentait une bonne tolérance à des doses pouvant atteindre 220 mg/kg par jour.

En revanche, aucune efficacité n'a été observée lors des premiers modèles d'infection animale, ce qui a conduit les chercheurs à approfondir l'étude de ses propriétés pharmacocinétiques.

Les analyses ont révélé une excellente stabilité du composé dans le plasma de souris et d'humains, mais une concentration plasmatique maximale encore insuffisante. Les prochaines recherches viseront donc à améliorer les propriétés pharmacologiques de la molécule.

Selon Gerry Wright, il faudra probablement entre cinq et dix ans de travaux supplémentaires avant d'obtenir un candidat suffisamment stable et efficace pour poursuivre son développement.

 


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